La conquête de la planète rouge continue d'alimenter les rêves et les ambitions scientifiques du monde entier. Dans cette course technologique et exploratoire, l'Europe tient à jouer un rôle de premier plan avec sa mission phare : ExoMars.

Un nouveau jalon vient d'être posé pour cette aventure interplanétaire. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) a officiellement sélectionné le géant industriel Airbus Defence and Space pour concevoir et fabriquer un composant absolument déterminant : la plateforme d'atterrissage qui déposera en douceur le rover Rosalind Franklin sur le sol martien. Cette décision est plus qu'un simple choix technique, elle ancre résolument la mission dans une démarche européenne et ouvre la voie vers une exploration martienne ambitieuse, prévue pour la fin de la décennie.

ExoMars et Rosalind Franklin : la quête européenne de vie martienne

Au cœur du programme ExoMars se trouve une question fondamentale qui taraude l'humanité depuis des siècles : y a-t-il, ou y a-t-il eu, de la vie ailleurs que sur Terre ? Pour tenter d'y répondre, l'ESA a développé le rover "Rosalind Franklin", un laboratoire mobile sophistiqué baptisé en l'honneur de la chimiste britannique pionnière de la découverte de la structure de l'ADN.

La particularité de cet astromobile réside dans sa capacité unique à forer le sol martien. Équipé d'une foreuse performante, il pourra prélever des échantillons jusqu'à deux mètres de profondeur. Pourquoi si profond ? Pour atteindre des couches potentiellement préservées des radiations cosmiques et ultraviolettes qui stérilisent la surface martienne, augmentant ainsi les chances de découvrir d'éventuelles biosignatures, des traces de vie passée ou présente.

Le site d'atterrissage prévu, Oxia Planum, n'a pas été choisi au hasard. Il s'agit d'une vaste plaine argileuse située près de l'équateur martien, qui présente des traces géologiques d'une présence ancienne et abondante d'eau liquide. C'est un environnement idéal pour chercher des preuves de conditions potentiellement habitables dans le passé lointain de Mars.

Initialement, la mission devait se faire en coopération étroite avec l'agence spatiale russe Roscosmos, qui devait fournir l'atterrisseur. Suite à la suspension de cette collaboration, l'ESA a dû revoir ses plans, optant pour le développement d'une solution d'atterrissage entièrement européenne, un défi relevé aujourd'hui avec la sélection d'Airbus.

Airbus aux commandes : un défi technologique "Made in Europe"

Confier la réalisation de la plateforme d'atterrissage à Airbus Defence and Space est une marque de confiance envers l'expertise industrielle européenne. La tâche est loin d'être aisée. L'atterrissage sur Mars est notoirement complexe et périlleux, souvent résumé par l'expression des "7 minutes de terreur". Durant cette courte phase, l'engin spatial doit passer d'une vitesse hypersonique à un arrêt complet à la surface, en traversant la fine, mais turbulente atmosphère martienne. La plateforme développée par Airbus sera responsable de l'ensemble de ce ballet technologique de haute précision :

  • Protection thermique durant la rentrée atmosphérique.
  • Déploiement de parachutes pour ralentir la descente.
  • Utilisation de rétrofusées pour contrôler la phase finale et assurer un contact en douceur avec le sol.
  • Déploiement sécurisé du rover Rosalind Franklin une fois la plateforme stabilisée.

La réussite de cette phase conditionne tout le succès de la mission scientifique au sol. Airbus devra mobiliser tout son savoir-faire en ingénierie spatiale, en aérodynamique et en systèmes de contrôle pour concevoir un atterrisseur robuste et fiable. Ce contrat renforce la position d'Airbus comme acteur majeur du spatial Européen et garantit que cette capacité technologique de pointe pour l'accès à la surface martienne soit maîtrisée en Europe, un gage d'autonomie stratégique pour les futures explorations.

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Plus qu'un simple taxi : une station scientifique sur Mars

La mission de la plateforme d'atterrissage ne s'arrêtera pas une fois le rover Rosalind Franklin parti explorer les environs d'Oxia Planum. Conçue comme un élément polyvalent, elle se transformera en une station scientifique fixe. Après avoir déposé son précieux chargement, la plateforme déploiera ses propres instruments pour étudier l'environnement martien depuis son point d'atterrissage. Cette station fixe offrira une perspective complémentaire aux données collectées par le rover mobile.

Selon l'ESA, la plateforme embarquera divers instruments scientifiques, dont potentiellement :

  • Des capteurs météorologiques pour mesurer la température, la pression atmosphérique, l'humidité, la vitesse et la direction des vents martiens sur le long terme.
  • Des moniteurs de radiation pour caractériser l'environnement radiatif à la surface, une donnée fondamentale pour la préparation des futures missions habitées.
  • Des instruments pour sonder le sous-sol directement sous la plateforme, étudiant la composition et les propriétés du régolithe proche.
  • D'autres capteurs pour analyser l'atmosphère et la poussière ambiante.

Ce véritable laboratoire fixe fournira des données contextuelles précieuses pour interpréter les découvertes du rover et enrichira notre compréhension globale de l'environnement martien actuel et de son évolution. Elle fonctionnera pendant toute la durée de vie prévue de la mission principale du rover, voire au-delà si ses systèmes le permettent.

Objectif 2028-2030 : calendrier et prochaines étapes

Avec la sélection d'Airbus, le programme ExoMars franchit une étape significative vers sa concrétisation. Le calendrier actuel, ajusté suite aux réorganisations de la mission, vise un lancement depuis la Terre en 2028.

Ce lancement sera assuré par une fusée fournie par la NASA, illustrant la collaboration internationale qui subsiste sur d'autres aspects du programme. Après un voyage interplanétaire de plusieurs mois, l'atterrissage sur Mars est prévu pour 2030.

Pour Airbus et ses partenaires industriels potentiels, le compte à rebours a commencé. Les prochaines années seront consacrées à la conception détaillée, à la fabrication et, surtout, à des phases de tests et de qualifications extrêmement rigoureuses. Chaque composant de la plateforme d'atterrissage devra prouver sa capacité à résister aux conditions extrêmes du lancement, du voyage spatial et de l'environnement martien (températures glaciales, atmosphère ténue, poussière fine).

L'intégration de la plateforme avec le module de descente et le rover lui-même représentera également un défi d'ingénierie complexe. L'Europe spatiale retient son souffle, mais avance avec détermination pour que le rover Rosalind Franklin puisse bientôt commencer sa mission historique : forer le sol de Mars à la recherche de réponses sur l'existence de la vie au-delà de notre planète. L'aventure ne fait que commencer !