Imaginez un monde où les mammouths laineux arpentent à nouveau la toundra arctique. Cette vision, qui semblait relever de la science-fiction il y a encore quelques années, se rapproche aujourd'hui de la réalité grâce à une avancée scientifique majeure : la création de souris laineuses génétiquement modifiées.

Une percée scientifique étonnante

L'équipe de Colossal Biosciences, une entreprise de biotechnologie basée au Texas, a réussi un exploit remarquable en modifiant génétiquement des souris pour leur donner des caractéristiques rappelant celles du mammouth laineux. Ces souris laineuses, comme les ont surnommées les chercheurs, présentent des traits uniques qui les rapprochent de leurs lointains cousins disparus.

Les scientifiques ont modifié simultanément sept gènes clés chez ces rongeurs, leur conférant des attributs fascinants, comme un pelage plus épais et plus long, une masse graisseuse augmentée associée à une meilleure résistance au froid ou encore une taille légèrement supérieure à celle des souris normales.

Colossal Biosciences souris laineuse

(credit : Colossal Biosciences)

Cette avancée représente une étape cruciale dans le projet ambitieux de Colossal Biosciences : ressusciter le mammouth laineux. L'entreprise, fondée par le généticien George Church et l'entrepreneur Ben Lamm, travaille depuis plusieurs années sur ce concept de "désextinction".

La réalisation est complexe. Il faut pouvoir séquencer l'ADN de mammouths laineux à partir des corps gelés dans le permafrost, en identifier les gènes caractéristiques puis les injecter dans des cellules d'éléphant d'Asie, plus proches parents vivants du mammouth.

Les embryons hybrides éléphant-mammouth ainsi créés doivent ensuite être implantés dans des mères porteuses (éléphante ou utérus artificiel). Le résultat est un animal qui ne sera pas un vrai mammouth mais un éléphant intégrant des caractéristiques génétiques du mammouth disparu.

Les souris laineuses créées par Colossal Biosciences constituent une étape importante dans ce cheminement en confirmant qu'il est possible de réactiver des traits génétiques disparus depuis longtemps.

Les défis et les questions éthiques

Malgré l'enthousiasme suscité par ces avancées, de nombreux défis restent à relever avant de voir des mammouths fouler à nouveau le sol de la Sibérie ou de l'Alaska.

Les chercheurs doivent encore perfectionner leurs techniques de modification génétique et résoudre des problèmes pratiques, comme la gestation et l'élevage de ces créatures disparues.

Bien des questions se posent en effet concernant le principe même de désextinction. Est-il souhaitable de réactiver les caractéristiques d'espèces disparues et quelles seront les conséquences écologiques d'une introduction de ces animaux différents de leurs ancêtres en ne leur empruntant que certains traits spécifiques ?

dodo

Les fondateurs de Colossal Biosciences affirment ne pas vouloir créer un zoo d'espèces disparues mais aider à la conservation des espèces et à la restauration des écosystèmes.

Cela pourrait notamment contribuer à relancer la diversité génétique d'espèces dont la population est en déclin et restaurer des espaces vivants par une réintroduction contrôlée.

Par ailleurs, ces travaux concentrés pour le moment sur la recréation d'espèces disparues (Colossal voudrait aussi faire renaître le dodo et le diable de Tasmanie) peuvent amener à d'autres débouchés dans la manipulation génétique et la biologie en utilisant les outils modernes comme la technologie CRISPR de découpe d'ADN et d'insertion de gènes.